mer 24 novembre 2004 (16:00) Dan Perjovschi [artiste] amphi de l'ENBA (rue Neyret)1er étage de l'ENBA (ancien site)
10 rue neyret 69001 Lyon
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Il s'agit du temps. Et d'ennui. d'exploiter au mieux le fait de tuer un peu de temps. De donner à l'esprit un frein pendant que les mains travaillent. Un peu ici, un peu là. Une chose facile et compliquée: l'art. D. P.
Dan Perjovschi a révolutionné le dessin en l'utilisant à la fois comme objet et comme médium de performance et d'installation. Il gagne aussi sa vie en dessinant des commentaires politiques pour 22, journal créé par un ancien dissident roumain, qui fut également le fondateur du Groupe de dialogue social. Les dessins figuratifs au trait de Perjovschi font office d'"art public", offrant un témoignage visuel sur la manière dont une population hétérogène se débat collectivement avec un passé homogène commun pour construire le présent et le futur. Perjovschi produit activement des commentaires visuels et sociaux afin de susciter un changement politique, créant un dialogue public là où s'en prendre à quoi que ce soit de public reste encore sujet à caution.
Foncièrement sceptique, Perjovschi s'emploie néanmoins à guérir les blessures profondes de son pays en illustrant sa situation intensément paradoxale. Ses dessins abordent les relations entre la culture officielle et la "culture alternative" tout aussi officiellement produite, l'incompétence savante que cinquante années de conditionnement social ont inculquée à la population roumaine et les difficultés inhérentes à la reconstruction de l'individu et à la critique de l'histoire. Il dessine, par exemple, un homme souriant, la main enfilée dans une marionnette, qui elle-même tire les ficelles qui le manipulent comme un pantin. Plus critique encore à l'égard de la société, un dessin montre un homme au crâne perforé de petits trous debout sous une douche de salle de bains, le visage levé avec une expression d'attente vers le pommeau dont aucune eau ne s'écoule.
Si Perjovschi croque les insécurités historiques d'une nation qui a vécu sous une forme illusoire, ses représentations formulent des satires et des parodies mordantes, circonspectes et perspicaces de ces illusions, ne proposant jamais de les remplacer par un programme utopiste, mais les montrant à la lumière crue de l'humour et de l'empathie. Ses dessins donnent à voir au public le climat émotionnel de la société roumaine de l'après-1989, alors qu'elle refuse de baisser les bras et crée le changement, et traduisent cette expérience vécue en images pour l'information, la réflexion, la mémoire et la connaissance du public.