à venir • 29 mai 2013 (17:00) • Philippe Artières [historien et anthropologue]
mer 17 octobre 2007 (17:00) Norma Jeane [artiste] Grand amphi de l'ENSBA2e étage de l’ENSBA Lyon
8bis quai Saint-Vincent 69001 Lyon
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:: extrait audio
Le fait de choisir un pseudonyme – le véritable nom d’une star populaire du show business, connue du public par un pseudonyme – est déjà une intention poétique. La réalité et la fiction, les situations paradoxales basées sur une logique binaire – solide et liquide, vide et plein, contenu et contenant, signifié et signifiant, vie et mort – caractérise le travail de Norma Jeane.
Les installations expriment une esthétique de la destruction, présentant des objets de consommation au moment de leur décrépitude. Des containers remplis d’eau successivement gelée ou fondue, dont le volume expansif produit la destruction de la structure qui l’emprisonne. Le déplacement d’un bunker dans la campagne, le cacher et conserver son contenu afin de l’emprisonner pour toujours sous une couche de végétation qui annulera à jamais toute trace, ainsi que sa présence et son histoire. Quand les interventions de l’artiste sont des « work in progress », comme dans ce cas, elles sont contenues dans une temporalité paradoxale : entre autodestruction et éternité.
Pour plusieurs pièces, Norma Jeane joue sur l'ambigüité d’une présence corporelle dont les effets sont sensibles mais pas tangibles de façon immédiate ou habituelle. « Il paradiso puo aspettare » (Le paradis peut attendre), 2005/2006, fut installé sur le toit-terrasse de l’institut suisse à Rome, un des points les plus élevé, à même hauteur que le dôme de St Pierre. Un lit rond, des draps, des cendriers et un parasol étaient mis à la disposition des visiteurs pour deux heures, afin de leur donner « la possibilité d’atteindre un état de grâce et de plénitude sans transcender ni mortifier le corps ». Pied de nez à toutes les scènes d’extase contournées du baroque chrétien, issue d’une idéologie glorifiant la souffrance ou le principe d’une économie de comptable étriqué qui voudrait « qu’à tout plaisir suffit sa peine », Norma Jeane met en place des processus qui ouvrent de nouvelles perspectives. Le regard périphérique, l’apesanteur, un sublime ni transcendant ni abject, autant d’aspects de la pensée à l’œuvre ici. « ACME, inc. », 2005, en est un bon exemple. Une salle du Kunstverein de Freiburg dont l’acoustique avait été modifiée, permettait d’entendre de façon exacerbée les bruits du corps. Hommage à la chambre de John Cage proche du caisson de privation sensoriel, l’angoisse du feedback est poussée à son comble. La lumière, dont l’intensité perturbe et laisse intranquille, associée à ce procédé sonore, rend tangible un état de dématérialisation du corps; Gérard Wajcman parlerait de « désidentification ».
Ce corps asexué des campagnes publicitaires ou des mannequins anorexiques, hypertrophié par les retouches lissantes de la publicité, est pointé par son fondement dans « Lady Loo/Rose Selavy vs R.Mutt », 2006, pour l’exposition de Rundledervetten, en Allemagne. Inaugurant une série d’événements culturels dans le cadre de l’année de la coupe du monde de football, l’œuvre disposait en public une série de sièges de wc pour femmes, fonctionnant, conçus pour les pays musulmans, côte à côte et sans mur, dans un hall très passant. Double pied de nez : à la fontaine rendue à son état d’usage et à l’héroïsme du stade, mais aussi renversement du socle de la sculpture.