Mon travail tend vers ce que je nommerais « sculpture-tableau » et qui ainsi aurait attrait au bas-relief. Je construis des volumes plats qui fonctionnent comme des écrans, renvoyant à une certaine picturalité, ou à des pans de décor. Ces images s'inspirent du paysage de ruine romantique, en particulier dans la peinture du 18e siècle, des constructions récentes (de leur logique de rapidité de mise en œuvre, de leur propre destruction qui suit, faisant ainsi place à une autre se substituant) ou encore de ce qu'on pourrait considérer comme la ruine moderne.
Je fonctionne par assemblage, découpage, collage. J'utilise des matériaux bruts et simples me permettant de monter rapidement et aisément des structures. Certains sont très maniables, comme le bois de type industriel que je découpe de manière vive et brutale, ou encore le carton me permettant de multiplier une masse et ainsi d'étendre et de monter ces derniers dans l'espace. Les effets de fabrication et de construction sont alors visibles. Des volumes bruts aux couleurs ternes créant un camaïeu dans l'espace.
J'agis dans une structure et un cadre précis en intervenant toujours en surface. Ces matériaux ne sont pas pérennes et ne servent à rien seuls. Ici, ils se retrouvent altérés, découpés, déchirés, troués, creusés, afin d'en élever des volumes : des bas-reliefs par extraction de matière, créant ainsi du vide ou laissant apparaître différentes strates.
Matériellement provisoires et structurellement précaires, mes sculptures dévoilent un aspect inachevé questionnant ainsi la finalité des choses, l'incomplétude, l'échec et renvoyant à l'informe des ruines. Je parlerai alors d'une sculpture de l'énergie, du mouvement, du déplacement. Je fais, je défais, j'édifie, je démolis sans cesse dans mon travail d'atelier. Les formes changent, les sculptures servent en tant que matériaux. Je fixe le tout à un moment donné dans un ensemble.
Mon travail déborde parfois jusqu'au territoire de l'installation. Les pièces sont présentées en tant qu'environnement ou panorama. La distance entre chacune d'elles et l'emplacement de celles-ci déterminent la circulation et ainsi le parcours à suivre. Leur frontalité, pour certaines, me permet de m'en servir littéralement en tant que façades et me permet ainsi de construire l'espace. Elles fonctionnent seules et dans un ensemble, les unes par rapport aux autres.