Avant je pensais qu’il y avait d'un côté le réel fictif, l’ensemble des fictions produites dans le champ de l'art et de l'autre le réel donné, extérieur, livré à nous dans sa littéralité pure. Mais dans l'expérience les réels se croisent et le travail consiste en une coordination entre notre imaginaire, nos torsions et (l'inéluctable)littéralité du dehors. En d’autres termes : vivre la fiction dans le réel. Mais dans cette logique où l’individu passe en avant plan, nous renions que d’un point de vue sensible (des plus rudimentaires), il y a plus fort que nous, que nous sommes perpétuellement agis et cela jusqu’à la mort. C’est l’expérience de la gravité sous ses multiples aspects. Pourquoi est-ce que les œuvres d’art qui nous parlent éternellement sont constituées dans leur épaisseur, à un niveau unitaire et global de cette force agissante, comme s’ils l’avaient absorbée ? Par exemple, les toblerones glacés d’Olivier Mosset. Mais ce n’est pas tout. Le travail est d’anticiper notre archéologie. Chaque jour notre volatile gaieté de survie tente de nous faire désespérément oublier que nous sommes les zombies de notre temps. Que tout ce que nous produisons s’inscrit déjà dans le passé et que le ravalement se fait de plus en plus rapide. De mon côté je crois avoir repoussé l’instant de mon diplôme et par là ‘’ravalé’’ mon délire archéologique individuel soumis à l’affect de son retard, tragédie auto-consensuelle et théâtrale (ex voto d’outre-tombe, cadre soumis aux épreuves des saisons, objets folklo sortis du grenier, maximes du Moyen-Âge, portrait aux algues extirpé des eaux) pour pouvoir voir arriver de loin le moment où je pourrai enfin poser la question de l’ici et maintenant. Mais vu mon état, encore sous des masques, des attitudes et de la fiction d’école (dont je devais faire par la même occasion la catharsis.) Plus tard, l’efficacité de la situation que j’avais amenée en devait aux frites et à la présence d’un enfant qui à eux deux explosèrent toutes les temporalités, par le contraste de leur temporalité. Là je me rendais compte que cet ‘’ici et maintenant’’ avait été entièrement fabriqué et décoré, en fait enchanté. Une fois évacuée la série d’excès, de déséquilibres et de rattrapages, se pose à nouveau la question du réel. Mais cette fois-ci il n’y a plus rien autour. Le Crystal Clear est le nom que j’attribue à la vision, au regard sensible passé au crible des modes actuels d’enregistrements et de diffusion des images en numérique. Je suis entrain de le définir, en parallèle à mon acceptation affective progressive, de la nécessité d’une dématérialisation totale de l’art.