La reconsidération actuelle du cheval de trait, passé du statut de mascotte de centre équestre à celui de cheval de travail à part entière (qu’il avait perdu dans les années 60-70 en raison de la priorité qui était donné dans l’agriculture et la sylviculture à la mécanisation depuis le début du siècle et qui s’est amplifié après guerre), reflète un sentiment général de besoin de réinvestir le naturel, le rural. Animé d’une nostalgie primaire mais compréhensible, beaucoup se tournent vers ce symbole de l’agriculture «douce», dite traditionnelle. Pensant sincèrement marcher dans les pas de leurs aïeux, ces néo-ruraux adoptent le cheval de trait parce qu’il doit leur rendre leur passé et assurer le lien entre la terre, la nature telle qu’il l’imaginent -c’est à dire cultivée par leurs ancêtres, et eux. Il est intéressant de noter par ailleurs que ce retour s’opère mieux avec le cheval, animal par ailleurs lié aux loisirs qu’avec les bovins qui étaient pourtant tout aussi voir davantage utilisés dans les travaux agricoles des ancêtres tant adulés. C’est que le cheval, même de trait reste une bête «noble», la plus belle conquête de l’homme (conquête militaire puisque l’élevage avant la mécanisation de la guerre a toujours été officiellement mené pour la production d’un cheval de guerre) n’est pas bovine, ces derniers évoquant la nourriture, la dimension pratique de l’élevage qui a pour but l’alimentation et non la gloire. Le cheval de trait possède donc cet avantage d’être en plus d’agricole et traditionnel, un animal noble, que l’on peut sans passer pour marginal utiliser dans ses loisirs. Cette dimension se reflète dans l’offre actuelle de chevaux «lourds» qui le sont de moins en moins. L’attrait de l’attelage de loisir ou de compétition, voit se développer des chevaux de trait plus légers et plus souples adapté à une pratique sportive que ce soit de l’attelage ou de l’équitation d’extérieur (voir le TREC). Ainsi le cheval de trait peut remplacer un cheval de selle dont l’image véhicule un certain snobisme et est avec le temps devenu le symbole de l’équitation classique, rigide et militaire ou alors trop tournée vers les résultats sportifs, décriée par ces même néo-ruraux en quête d’authenticité. Au final, il y a une demande d’authentiques chevaux de travail pour pratiquer ce qui est exactement du sport et loisir.
Avec mon travail plastique, je pose des questions sur les relations que nous entretenons avec la nature et la culture rurale. Comment s’exprime le besoin du rapport à la nature, comment certains éléments font signe de nature, de culture rurale comment s’accommode-t-on du reste de la réalité du monde rural . Souvent mes pièces sont la représentation d’un élément isolé mais qui suffit à évoquer la nature ou la ruralité. Le désir d’être proche de cette nature et de cette vie imaginée simple, fait le reste dans le fonctionnement de mon travail.